"Ton père et moi, nous t'avons cherché, tout angoissés."

Le plus
bel éloge de saint Joseph se trouve sans doute sur les lèvres de
Jésus lui-même, au chapitre 5 de l’Evangile selon saint Jean :
« Tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement :
car le Père aime le Fils et il lui montre tout ce qu’il fait. »
Evidemment le Seigneur révèle ici sa filiation éternelle et le
mystère de la très Sainte Trinité : mais Jésus n’a pas pu
dire ces paroles sans avoir en même temps devant les yeux l’image
de saint Joseph, dans la maison de Nazareth et son atelier de
charpentier. Une sorte de juxtaposition du Père éternel et de saint
Joseph que nous retrouvons aussi dans l’Evangile de la solennité,
en saint Luc : « mon enfant, pourquoi nous as-tu fait
cela ? Ton père et moi nous t’avons cherché, angoissés. »
Réponse de Jésus : « Pourquoi m’avez-vous cherché ?
Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ?
Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait ; il rentra avec
eux et il leur était soumis ».
Pourtant,
malgré ces paroles sans équivoque de l’Ecriture, -l’Evangile
que nous venons d’entendre parle par deux fois de « ses
parents »-, nous avons quelque réticence, avouons-le, à
considérer que saint Joseph soit en vérité le père de Jésus.
C’est qu’en notre époque d’érotisation exacerbée, il nous
semble que sa paternité soit comme l’ombre d’elle-même, on
comprend pourquoi. Or saint Jean Paul II remarquait déjà ceci :
tout les papa du monde ont la révélation de leur paternité, non
pas par l’oeuvre de chair elle-même, mais sur la parole de leur
épouse qui leur dit : je suis enceinte ! Alors il éclate
de joie : ça y est, c’est formidable, je suis père ! De
même qu’à la naissance de l’enfant, le père pose un acte
d’adoption par lequel il reconnaît comme son enfant, celui que
elle vient d’enfanter. D’ailleurs, pour le droit civil depuis
l’antiquité, la mère est en principe toujours certaine, c’est
celle qui met l’enfant au monde ; tandis que le père est
présumé être l’homme qui vit avec la mère.
Pour
bien comprendre cela, il faut prendre en compte que la paternité
n’est pas une « maternité bis ». La paternité n’a
pas besoin d’être d’abord viscérale pour être réelle :
mais elle se donne dans l’exercice de l’autorité. Autrement dit,
le père ne transmet pas l’humanité à ses enfants en leur donnant
le sein ou les biberons, même s’il peut en faire chauffer quelques
uns, mais en façonnant en eux l’obéissance filiale, par les
commandements qu’il leur donne. Nous avons dans le prophète Osée
cette tendre image, appliquée à Dieu : Israël est pour moi un
petit garçon, je lui prends les bras et je lui apprends à marcher.
Mais plus profondément, comprenons quelle assurance, quelle force
représente pour un enfant, l’obéissance à son père : « je
fais comme papa m’a dit ! » Et voilà que c’est
réussi ! Alors il revient tout heureux vers son père et lui
montre ce qu’il a fait : et les deux exultent en cette œuvre
commune, pour la joie de ce que le petit est devenu, « sur sa
parole », en grandissant. Don mutuel et bienheureux du père et
du fils, par la merveille du commandement et de l’obéissance, dans
le juste exercice de l’autorité !
Dans le
cas de Jésus, saint Joseph a façonné par son autorité,
l’obéissance filiale du Christ, en laquelle toutes les fibres de
sa sainte Humanité sont devenues capables d’exprimer sa Filiation
divine, précisément dans l’obéissance jusqu’à la mort et la
mort de la Croix, qui ferait notre Rédemption en même temps qu’elle
glorifierait le Père, en lui offrant toute satisfaction. De sorte
qu’au cours de la Passion, Jésus livre le secret de son âme, par
ces mots qui font écho à ceux que nous citions tout à l’heure :
« Voici qu’il vient, le prince de ce monde. Sur moi il n’a
aucun pouvoir, mais il faut que le monde sache que j’aime le Père
et que je fais comme le Père m’a commandé. » A la Croix de
Jésus se tenait sa Mère, debout dans le mystère insondable de sa
compassion maternelle. Mais la participation de saint Joseph,
pourtant déjà disparu à l’Heure de la Rédemption, consistait
dans l’empreinte décisive sur la sainte Humanité du Verbe
incarné, de son autorité paternelle.
On
pressent alors ce que fait vraiment le Pape François lorsqu’il
décrète brusquement une année de saint Joseph, elle même promue
dans une année de la famille. Il ne s’agit pas simplement, comme
le soulignent les médias, de mettre en lumière ceux qui servent
dans l’ombre. Il s’agit surtout de confier à la prière de saint
Joseph, intercesseur puissant aux multiples patronages, la
restauration de l’exercice juste de l’autorité dans l’Église
et dans le monde. Contre la déferlante totalitaire qui est en train
de réduire en esclavage l’humanité tout entière, la juste
autorité en participation de celle de Dieu, est le seul moyen
d’avoir encore des hommes libres. Sans doute est-ce le cas de
rappeler que le 13 octobre 1917, lors de la dernière apparition de
Notre Dame à Fatima, tandis que les dizaines de milliers de
personnes assistaient au miracle, « la danse du soleil »,
les trois petits pastoureaux, eux, avaient la vision de la Sainte
Famille, de Notre Dame des Douleurs, de Notre Dame du Mont Carmel,
saint Joseph portant l’Enfant Jésus, les deux bénissant le monde.
Le mot de mon ami, le curé du Puy, avec son aimable autorisation