26 janvier 2026

Homélie aux Funérailles d'un centenaire + 1

 

 

Dans un sermon donné devant la Cour en présence du Roi Louis XIV, Bossuet s’est écrié : « l’homme ne s’avise jamais de se mesurer à son cercueil, qui néanmoins le mesure seul au juste. » Splendide rappel de notre condition mortelle. Il faut regretter que de nos jours, il n’y ait plus grand monde avec assez de foi, de courage et de charité pour avertir semblablement les puissants du moment.

C’est pourtant ainsi que parle aussi l’Ecriture, où le Psaume chante par exemple : « l’homme, le nombre de ses années ? Soixante-dix en fait le compte, à quatre-vingt c’est un exploit ! » Quatre-vingt ; quatre-vingt-dix; cent; cent-un.. Quelle fidélité ! Non seulement dans les liens sacrés du Mariage comme on l’a rappelé, mais surtout fidélité de Dieu dans le don qu’il fait de la vie ; et fidélité de l’homme qui vit du don de Dieu jusqu’à ce que l’heure sonne.

Quand on a fait du latin, je vous félicite, on sait que fidélité vient de fides, qui veut dire : la foi. Or justement, au soir de sa vie, l’Apôtre Paul écrit à son cher et fidèle compagnon Timothée. Il ne lui rappelle pas ses campagnes ; ni même ses crimes d’avant sa conversion sur le chemin de Damas. Il lui écrit simplement ceci : « j’ai mené le bon combat : j’ai gardé la foi. Et maintenant, j’attends la récompense. »

Pourquoi donc la foi est-elle méritoire ? La réponse est extrêmement simple : parce que nous croyons sans voir. En soi, nous sommes faits pour voir, d’ailleurs gavés d’écrans, pour toucher, pour penser, faire des abstractions, forger des concepts, raisonner et conclure. Mais rien de tout cela dans les affaires de Dieu. Dieu, personne ne l’a jamais vu, et ce qu’il révèle est absolument en dehors de nos prises ; de sorte que nous devons lui faire confiance à lui, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. Et c’est cela qui est méritoire à ses yeux. Le Christ dans l’Evangile s’est de nombreuses fois émerveillé de la confiance des gens qui ont cru sans voir, et il leur a promis les récompenses.

En revanche, l’infidélité et l’impiété, elles, sont punies. Pourquoi donc ? Logiquement, pour les raisons inverses. Tout le monde sait bien que Dieu existe et qu’il est tout puissant, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder autour de soi. Nous venons d’entendre le magnifique psaume de la Création : Dieu qui a tout fait, a d’abord tout pensé, tout calculé des êtres et de leurs interactions, puis il a tout créé d’un mot et ce fut fait, et il n’y a pas eu de rappel de produit ni de correction, tout était bon et même très bon, d’emblée.

- Oui, mais toussa c’est le Big Bang, alors..

- Ah bon ? Alors, dis-moi : tu respires combien de fois par jour ?

- …

- Et tu ne dis jamais merci ! Et la nuit.. tu respires la nuit ?

- …

- Voilà, c’est ça, en fait, tu ne manques pas d’air, c’est le cas de le dire ! Et tu te couches en étant sûr que le soleil se lèvera demain matin avant toi pour t’accueillir ; et toujours aucun merci ? à personne ?

- …

- Eh bien, comme l’écrivait Péguy : « quelqu’un qui profite de tout sans jamais dire merci, moi, je trouve ça mal élevé ».

Reste encore une question, qui me concerne et vous concerne, là, pour cette célébration de cet après-midi. Est-ce que nos prières sont utiles à notre cher défunt, et généralement pour tous les défunts ? La réponse est double: pour ce qui est de nos larmes et de notre peine, c’est non. Car nous supportons passivement l’épreuve de notre chagrin, nous n’y pouvons pas grand chose, et lui non plus. Par contre pour les prières, la réponse est oui. Pourquoi ? Parce que nous pouvions ne pas les faire : c’est notre liberté qui donne du prix à nos prières ; et comme nous les faisons pour nos défunts et à leur intention, elles sont comme créditées sur leur compte, si vous me permettez l’expression. Remarquons au passage que faire ces prières, c’est déjà un peu la foi : parce que lui, là, en-deçà, il ne dit rien ; et de l’au-delà, on ne voit pas non plus de retour, donc on peut dire que c’est même de la charité désintéressée !

Effectivement, dans le mystère de la Communion des Saints, Dieu a voulu que nous nous entraidions librement les uns les autres. Et voilà qu’au lieu de faire des croix sur des grilles dans le café d’en-face, nous faisons des croix sur nous-mêmes et sur le cercueil, en l’honneur de Jésus Christ Sauveur et pour notre cher défunt : ah formidable, grâce à lui, machin se souvient qu’il est vaguement chrétien ! Et truc et chose qui disent un Notre Père et un Je vous salue Marie : à cause du défunt, et donc autant pour lui ! Et celui-là, au lieu d’acheter des cartes à gratter comme la semaine dernière, il met 18 € dans une messe pour son ami : au point que les Anges commencent à se dire, mais alors, c’était quelqu’un !

Surtout que, et là nous avançons en eau profonde ou sur les sommets comme vous voudrez : nous allons maintenant offrir le saint Sacrifice de la Messe en suffrage pour le repos de l’âme de notre cher défunt. Qu’est-ce à dire ? Jésus Christ, le Législateur et Juge universel s’est livré lui-même en expiation pour nous sauver. Celui qui va nous juger, a versé son Sang en réparation de nos péchés ! Mais le troisième jour, il est ressuscité des morts et il se donne maintenant lui-même en nourriture : comme en ration de combat, pain pour la route, il donne son Corps vivant et source de vie sous les apparences des hosties consacrées. Et il fait cette promesse : celui qui me mange vivra par moi ; celui qui mange ma chair demeure en moi et moi je demeure en lui, et je le ressusciterai au dernier Jour. Il nous sert lui-même à la table eucharistique, en gage du Festin éternel dans la maison de son Père, où il nous accueillera si nous persévérons dans la foi jusqu’à la fin.

Monseigneur, Aigle de Meaux, la mesure d’un cercueil catholique, est en réalité sans mesure.

03 janvier 2026

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph


Nous célébrons ce Dimanche la Fête de la Sainte Famille. Les coïncidences avec la fête des Saints Innocents le 28 décembre, et avec l’Evangile selon saint Matthieu, de l’Année A, où le Seigneur dit à saint Joseph : « prends l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte, car Hérode va rechercher l’Enfant pour le faire périr », sont hautement signifiantes ; il est inutile d’y insister. Sinon pour remarquer que les sociétés qui affichent ainsi leurs valeurs comme clé de voûte de tout l’ordre juridique, se condamnent elles-mêmes au pire.

Pour nous, tournons-nous vers l’avenir, préparons la suite ! Contemplons le Mystère et la Grâce de la famille. La famille est la source de l’humanité, la première école d’humanité, et l’archétype de toutes les communautés humaines, par la distinction des sexes, et la distinction des générations. Chaque fois qu’un papa et une maman se rencontrent, l’humanité nous est donnée, comme sortie des mains du Créateur, car la famille est la seule institution qui ait survécu à la chute originelle, moyennant, depuis, les secours de Dieu et la grâce du Christ.

Et là, nous sommes stupéfaits de voir que le Verbe incarné, le Fils de Dieu fait homme, Deuxième Personne de la Trinité, Dieu le Fils en sa sainte Humanité est né dans une famille ; le Maître s’est mis à cette école ! Il a pris chair de la Vierge Marie, et l’éducation paternelle de saint Joseph a fait de lui un homme. C’est si vrai qu’une fois devenu grand, lorsqu’il tente de révéler la Relation éternelle qu’il a à Dieu le Père comme Fils Unique et bien-aimé, nous lisons dans l’Evangile qu’il raconte simplement saint Joseph : « le Père aime le Fils et il lui montre tout ce qu’il fait ; tout ce que le Père fait, le Fils le fait pareillement. »

Tandis que se ferment l’une après l’autre, les portes de l’espérance à la fin du jubilé ordinaire de l’Année Sainte 2025, nous repensons au triple centenaire et cinquante ans des apparitions du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial. En attendant une consécration par la France officielle, les autorités publiques, nous nous rappelons aussi les promesses faites aux familles : parce que chaque famille est une église domestique, un petit royaume sur lequel le Christ ne dédaigne pas de régner.


      Avant la bénédiction finale

Que la Bénédiction du Seigneur ravive la grâce des sacrements qui fondent nos familles et scandent leur marche pour la traversée d’ici-bas jusqu’à la Patrie : le Mariage, le Baptême, la Confirmation, la Communion, la Confession.

24 novembre 2025

Commentaire face à PdV - Je Suis la porte, dit Jésus (cf. Jn 10)

 

 

Je Suis la porte, dit Jésus-Christ

"La république ne fait pas le poids en face d'Allah", dites-vous ; et en face de Jésus-Christ ? Vous savez sûrement et il faut commencer à le dire si vous voulez jouer la prochaine partie : le problème n'est fondamentalement ni l'immigration ni l'islam(isme) mais le reniement tyrannique de ce qu'est la France par, non pas les élites, mais les élus (très mal élus en fait) actuellement aux affaires, puisqu'il n'est plus question de pouvoir depuis longtemps déjà.
 
Vos "français de souche" à qui joindre les "français de désir", qu'ont-ils reçu de leur héritage ? Rien ! Les pirates en chemise blanche et boutons de manchettes les ont détroussés. Ils sont orphelins errants et ne réagissent, pour ceux qui sont encore virils, que par réflexe de survie. Ils ne feront pas le poids, surtout s'ils sont néo-païens parce que abandonnés de la sainte Mère Église, en face de jeunes comme eux, mais qui grâce à l'islam horresco referens, savent que Messire Dieu est toujours premier servi, et qu'il ne se laisse pas vaincre en générosité pour récompenser ceux qui sont prêts à perdre même leur vie pour son Royaume.
 
Je Suis la porte, dit Jésus-Christ, le vrai berger (cf. Jn 10) : ce qui vaut pour entrer dans le mystère et la grâce de son royaume de France, qu'on soit "souchien" ou "de désir" ! Avis aux "zélites", s'ils veulent en être aussi.
 
Vous me permettrez une sentence prophétique alternative à la vôtre : ou bien on revient à Jésus-Christ en demandant pardon, nous tous et chacun avec son paquet, et il relèvera bien vite la France, de laquelle il ne se détournera jamais, lui qui n'a fait que combler la France de ses dons malgré notre arrogance et notre prostitution aux bergers mercenaires; ou bien le joug des brigands, pirates et supplétifs s'alourdira jusqu'à l'horreur universelle, pour que nous reconnaissions enfin Qui nous aime vraiment, et revenions à Lui.


     basclergeensabots

16 novembre 2025

L'arbre qui cache la forêt

 

 

On a pu se rendre compte en soixante ans, qu’il ne sert à rien de critiquer une messe par l’autre et réciproquement : les critiques sont inopérantes parce que la messe n’est pas prise dans la réalité du Mystère qu’elle porte et selon sa cohérence propre. Par contre c’est le meilleur moyen de continuer la guerre, malgré cessez-le-feu et armistices, jusqu’au retour du Christ : mais ne nous attendons pas à des récompenses ce Jour-là, mais à sa colère, tous autant que nous sommes. Car cet exercice délétère continué par les protagonistes, empêche de voir, de nommer, de penser et de s’attaquer à la question véritable.

En réalité, la hiérarchie cléricale a tourné le dos à la règle catholique et apostolique formulée deux fois solennellement par saint Paul dans la première Lettre aux Corinthiens, mais elle ne l’a pas dit clairement pour éviter de perdre toute crédibilité devant les fidèles : chapitre 11 à propos de l’Eucharistie, « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu », la nuit même où il fut livré, le Seigneur prit du pain, etc. ; et chapitre 15 sur le kérygme, cet Evangile qui peut vous sauver, si du moins vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé, « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu », le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures, le troisième jour il est ressuscité selon les Ecritures, et il est apparu à Pierre et aux autres Apôtres, etc.. L’histoire de la période est désormais l’objet de travaux universitaires, et leurs résultats sont accablants.

Le coup de force était venu des clercs, la résistance fut donc naturellement portée par les familles, premières intéressées à la transmission de la foi et de la vie chrétienne à leurs enfants. Qu’a-t-il donc manqué aux fidèles pour réussir à conjurer la trahison des clercs et empêcher l’Église de tomber dans une crise qui l’a désarmée, au moment-même où l’adversaire voyait toute proche l’heure de son triomphe ? Des prêtres non jureurs et réfractaires n’ont pas manqué, et les chrétiens ont eu la sagesse de les protéger au lieu de les exposer en se réfugiant derrière eux. Un évêque a mis sa vie dans la balance, peut-être son éternité, pour assurer du mieux qu’il a cru, la possibilité que la Messe soit sauvegardée.

Non, ce qui a manqué à ces familles courageuses dans la foi, c’est la famille royale ! C’est le roi très chrétien, pour parler aux Évêques, lui-même sacré en son ordre par le Christ vrai roi de France : « assez de chamboulements de votre propre initiative ! revenez à l’intégralité de la doctrine ! observez la discipline ecclésiastique ! respectez la liberté des enfants de Dieu ! honorez la vraie dignité de votre charge, puisque vous avez été élevés pour servir et non pour être servis ! ». Fils aîné de l’Église pour défendre sa Mère jusqu’au retour de l’Epoux dans la gloire, il pouvait interpeller respectueusement même le Souverain Pontife. L’autorité temporelle royale a manqué, et manque toujours, parce qu’elle est usurpée par « ces gens que l’Église méprise » comme dit saint Paul toujours dans la première Lettre aux Corinthiens, et par des pirates avec lesquels la hiérarchie cléricale a plus d’une accointance.

Pourtant Vatican II venait de rappeler avec insistance à l’époque, le rôle des laïcs dans l’Église, ainsi que la grâce et la responsabilité, par leur état de vie, de leur contribution à sa communion et à sa mission dans l’ordre des rapports avec le monde dont leur vie séculière est tissée. Or c’est de cela que les clercs, en une sorte d’aveuglement ou d’ivresse, se sont emparés en totale usurpation, sans renoncer pour autant au pouvoir sacré. Ils ont ainsi tout accaparé, de sorte que la manipulation originelle est devenue une spirale infernale qui accroît le désordre à chaque tour : le plus pervers est sans doute que le ressort en est, odieusement, la lutte contre le cléricalisme !

Ce qui aurait pu n’être que des tensions salutaires entre des Évêques et Sa Majesté dans des années par ailleurs troublées, est devenu par l’absence du Roi, la division d’un esprit qui n’a jamais été celui du Christ, dans une Église en roue libre ; incapable de se réformer elle-même malgré les tentatives de tous les derniers papes, parce qu’elle s’est réduite à l’autorité de la Hiérarchie dans la sphère spirituelle, et n’est plus capable de reconnaître en vérité l’autorité temporelle, confiée aux Laïcs chrétiens par l’onction du Baptême, et singulièrement au premier d’entre eux, par le sacre du Roi de France. Gageons que le retour du roi sur le trône, remettra de l’ordre dans l’Église elle-même : par l’opération du Saint Esprit, premier Ordre de France !

 

bascleregeensabots

La Vieille Poste, 16 novembre A.D. 2025

11 novembre 2025

Supplique à Pontmain pour le retour du roi - chaque 17 du mois

 

 

Le Connétable de la Charte de Fontevrault explique

pourquoi la Supplique à Pontmain le 17 de chaque mois

pour le retour du Roi

  
 
      Commentaire de basclergeensabots
 
On reproche de façon récurrente à la Charte de Fontevrault, et généralement au royalisme providentialiste, de ne proposer pour seule action que la prière, typiquement la Supplique à Pontmain pour le retour du roi, sans voir qu'en réalité le combat se mène sur le plan spirituel et le plan temporel. Les deux se combinent et se complètent sans cesse, pourvu qu'ils soient ordonnés correctement. 

A cet égard, Jehanne n'est pas un contre-exemple, mais un modèle pour la Charte. Ses voix scandent toute son action politique et militaire, l'éclairent, la soutiennent, la corrigent, et lui donnent surtout la force de tout endurer pour qu'il en soit fait selon le plan divin de salut: non pas en Normandie ni à Paris, mais à Reims, et une fois le sacre, tout sera à lui. Avec le sceau du martyre pour suprême fécondité d'une campagne héroïque, "humainement" échouée et lamentablement réprouvée par les clercs.

C'est donc bien selon son modèle et dans son intercession, que nous nous inscrivons, nous aussi, "très concrètement dans notre siècle et face à des mentalités contraires", selon les mots d'un objectant. Ainsi, à l'universelle sécularisation nous opposons la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ. Au laïcisme virulent des figurants du pouvoir, nous opposons la prière et la pénitence publique. Aux islamistes conquérants, nous annonçons la vraie foi et l'urgence de la conversion pour être sauvés.

Très concrètement dans ce siècle, qui ne verra pas le triomphe des grands prédateurs mondiaux, soyons-en sûrs, nous répudions leur apostasie occulte en son noyau brûlant: parce que nous confessons les péchés de la France; parce que nous supplions le Christ d'effacer le refus de la France officielle; parce que nous appelons le Sacré-Cœur à faire enfin justice en son royaume de France. A moi la vengeance, dit Dieu, c'est moi qui rétriburai.

18 septembre 2025

Prône de la Supplique à Pontmain pour le retour du Roi - 17 sept A.D. 2025


 


« Je suis la Mère du Bel Amour.. Penser à moi est plus doux que le miel, et vivre auprès de moi est plus agréable qu’un gâteau de miel. » Lorsqu’on parlait français, on avait cette expression : « Heureux comme Dieu en France ». On est chez soi, on est en famille, on est bien : on nous l’a dit souvent, la Vierge Marie est en chaussons et elle ne part pas à la fin de l’apparition de Pontmain ; elle reste à la maison, tout simplement. Hélas, on ne parle plus français. Peut-être connaissez-vous la prière de Claire Ferchaud pour la France : « Ô Marie conçue sans péché, regardez la France, priez pour la France, sauvez la France. Plus elle est coupable, plus elle a besoin de votre intercession. Ô Marie, un mot à Jésus reposant dans vos bras et la France est sauvée ; ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France. Saint Michel archange, défendez-nous contre les ennemis de notre salut. » Comment résister à l’impression que cette prière est inexaucée ? En plus, un mot suffit : n’est-il toujours pas prononcé ? Et toutes ces Suppliques ? Et ce temps qui n’en finit pas de finir?

Je sais un abbé qui, revenu de Loublande, avait quelquefois attrapé le fou rire, comme si l’on disait, doigt levé en forme d’avertissement : « Sois un bon garçon ; obéis à ta mère ! »… Mais Claire écrit aussi, le 16 septembre 1943 : « Il faut cette dernière larme, cette dernière goutte de sang, ce dernier hoquet pour achever la Rédemption. Et sous ces paupières abaissées sur des yeux éteints, Jhésus a enfermé le salut de Sa France ! » Alors le rire lui reste dans la gorge : il ne s’agit pas du petit Jésus, mais de l’Homme des Douleurs, que la Pietà reçoit à la descente de Croix. Il a effectivement mérité le salut de la France, obéissant à sa Mère jusque dans la mort : dans un surcroît de miséricorde, comme un au-delà de sa charité infinie.

Le salut de la France est donc enfermé dans cet instant suprême de la Passion, où le Christ endormi dans la mort, repose dans la Compassion de Marie. Clairement inspiré, Louis XIII, en mémorial du Voeu qui consacrait sa personne et le royaume tout entier à Marie dans le triomphe de son Assomption, a fait reconstruire le maître-autel de Notre Dame de Paris, où lui-même est représenté offrant sa couronne et son sceptre, non pas à la Reine de gloire, mais à la Mère douloureuse. Car le roi n’a pas vraiment l’initiative : le vœu qu’il a formé au centre de son âme, et qu’il prend soin de faire enregistrer par les instances juridiques de l’État, est en réalité le reflet historique officiel du choix transcendant du Christ sur la France ; c’est la réponse humble et pleine de foi à l’amour prévenant de Notre Dame.

Les autres nations supplient la Providence, et elles en reçoivent ce qui est juste. Pour la France, il n’en est pas ainsi : elle est née du Baptême de son roi, lui-même désigné comme fils aîné et sacré pour être le glaive et le bouclier temporels de la sainte Mère Église. Il y a là une élection qui surpasse celle d’Israël, et déclare ancienne l’alliance du Sinaï ; or ce qui est ancien est près de disparaître, affirme la Lettre aux Hébreux. Telle est la raison métaphysique pour laquelle l’abolition du droit divin est contre-nature en France et la détruit. Telle est la raison mystique pour laquelle le peuple prétendument souverain n’est pas seulement une imposture grossière, un principe constitutionnel à la.. mode de chez nous de dupes, mais l’apostasie qui tue nos âmes. L’académicien Jean-François de La Harpe, qui voyait s’établir la Terreur en même temps que l’État de Droit, cité tout récemment par Upinsky, déclarait le 31 décembre 1794 : « Cet oubli du sens commun.. Ces Assemblées sans police, font couvrir de leur voix quiconque raisonnerait.. Les uns par persuasion, les autres par crainte, tandis que tout le reste garde un silence absolu : on céda la place, et la scélératesse extravagante, parvenue enfin à parler seule, devint LA LOI… Les tyrans à bonnet rouge osent bien plus que les tyrans à couronne, et peuvent bien d’avantage. »

De fait, on « applique la Loi » et tous sont formellement soumis ; tandis qu’à l’inverse, on « fait justice » : la main Royale règne par le Beau, le Vrai et le Bien auxquels tous aspirent naturellement. « Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des états : sans ce fondement, il n’y a point de prince qui puisse bien régner, ni d’état qui puisse être heureux », écrit Richelieu dans son Testament politique. On se demande ce qui pourrait réveiller les Français. Encore faudrait-il prendre en compte la nature véritable de la léthargie qui les embrume: quand le régime, quand les institutions piétinent elles-mêmes leur propre légalité, tout est paralysé. C’est le cas en France, c’est aussi le cas dans l’Église ; et comment s’en étonner, puisqu’elle n’a plus le fils aîné pour la défendre contre les ennemis extérieurs et intérieurs ? Comme Louis XIII admonestait l’archevêque de Paris pour la procession du 15 août après les Vêpres solennelles, et les Évêques chacun en sa cathédrale, rien n’empêcherait le roi, pour le bien de ses sujets et du royaume, de signifier à qui de droit qu’il lui plairait que l’on portât l’habit ecclésiastique ou religieux, que l’on veillât à la dignité du culte divin, que l’on reprît sérieusement l’enseignement du catéchisme. Il pourrait même respectueusement présenter une supplique au Saint Père pour qu’il autorisât la Messe Perpétuelle, et honorât la fille aînée de l’Église en venant, personnellement ou par un légat, pour l’instaurer en ce lieu des Rinfillières : « que j’ai spécialement choisi, dit le Sacré-Cœur le 6 novembre 1925, pour répandre sur le monde ma miséricorde ». Tout semble tellement simple, presque immédiatement accessible : pourquoi ne le serait-ce pas ?

Parce que « Jésus dort à l’arrière, sur le coussin », comme dans l’Evangile de la tempête apaisée. « Sous ces paupières abaissées sur des yeux éteints, Jésus a enfermé le salut de Sa France » : le trône est scellé, et la France ingouvernable. Et nous ne voulons pas croire qu’il suffit de rappeler le Christ pour que tout soit sauvé et reprenne vie : pourtant, il est digne, l’Agneau immolé de recevoir le Livre et d’en ouvrir les sceaux ! Mais cela suppose pour nous, de faire amende honorable, de reconnaître que nous avons eu tort, que nous nous sommes trompés ; de confesser que nous avons été les artisans de notre propre malheur et les complices de nos bourreaux, lesquels nous remettons invariablement en selle à chaque élection à la.. mode de chez nous comme des dupes ; de demander pardon d’avoir trahi la mission de défendre l’Église après avoir renié l’élection qui nous fait encore ce que nous sommes : « la France, fille aînée de l’Église, alliée de la Sagesse éternelle pour le bonheur des peuples », selon le mot de Jean Paul II, qui pouvait nous être une expiation. Que de fois Jésus a-t-il mendié auprès de notre arrogance, cette unique démarche: que la France officielle revienne à moi ! Mon Sacré-Cœur sur les drapeaux de France et, reprenant sa place dans le monde, elle présidera à la paix des Nations. Ne haussons pas les épaules, pauvre abbé au rire facile, car Jésus a donné un signe éclatant en plein XXème siècle que c’était possible : épisode qui nous fait honte, tout comme le reste.

Une petite bretonne, Olive Danzé, bientôt Sœur Marie du Christ Roi, arrive en 1926 de la Pointe du Raz au couvent des Bénédictines du Très Saint Sacrement, 16 rue Tournefort, Paris Vème. Par elle, Jésus demande la construction dans le jardin du monastère, d’un sanctuaire de sa Royauté qui fasse pendant au sanctuaire de sa Miséricorde à Montmartre. Le Cardinal Dubois approuve le projet, on est un an seulement après Quas Primas. Les dons affluent du monde entier. En 1935, le Cardinal Verdier bénit la première pierre. En 1939 le gros œuvre et le clocher sont achevés, baptême des cloches le 29 juin par le Cardinal Verdier, et le 27 octobre 1940 en la fête du Christ-Roi, première messe solennelle. L’année suivante, le maître-autel est béni par le Cardinal Suhard. Le 16 juin 1956 le Cardinal Feltin vient présider la consécration du sanctuaire du « Christ Roi, Prince de la Paix, Maître des nations » triple invocation formulée par Jésus lui-même. Vingt ans plus tard, le 2 février 1977, le sanctuaire est livré aux pelleteuses des promoteurs, et toutes les démarches auprès des plus hautes autorités de l’État et de l’Église pour sauver l’affaire reçoivent la même réponse : ce n’est pas nous, pas nous, pas nous. Et là, se dresse orgueilleusement la Résidence du Panthéon.

« Si seulement le Bon Dieu ne nous avait pas tant aimés », s’est exclamé un jour le saint Curé d’Ars en pleurant.


Basclergeensabots

Pontmain, 17 septembre A.D. 2025

08 septembre 2025

ANNEXE : l'allégorie de la bassine de fromage blanc ou de yaourt


ANNEXE

L’allégorie de la bassine de fromage blanc ou de yaourt


Dans notre union au Seigneur, nous oublions trop souvent que nous ne sommes pas Dieu ! Ce qui est en lui toujours en plénitude, est chez nous limité et à reprendre sans cesse, dans une persévérance qui est don de sa grâce en même temps qu’elle fait notre mérite. Le texte précédent est peut-être difficile à suivre, entre la Somme et le latin, toussa ; c’est pourquoi nous avons ici avec tout le respect dû à un si éminent sujet, l’allégorie de la bassine de yaourt. Comme dirait saint Thomas, l’abîme entre la Réalité et la comparaison de comptoir, nous évitera paradoxalement le reproche d’atteinte à la sainteté de l’objet. Ainsi, chaque élément sera à sa place et dans son rapport aux autres éléments, et nous pourrons mieux comprendre.

La bassine de yaourt, inépuisable, représente le Mystère du salut, dans la sainte Humanité de Jésus-Christ Souverain Prêtre, et le Cœur immaculé de Marie et la sainte Église Catholique. La Messe, ce sont les pots mis à disposition par l’Église, présentés au Seigneur et qu’il remplit toujours à ras bord de yaourt. Autant de cuillerées qu’on peut prendre dans autant de pots représentent notre participation au mystère du salut : notre joie d’être sauvés, les vertus théologales, nos communions, la vie chrétienne nourrie par la grâce.

Remarquons qu’en cela la gloire de Dieu est toujours première dans le culte qui lui est rendu ipso facto, puisque c’est lui qui fournit le yaourt, et les pots, et les cuillères ; Il nous fait même manger cuillerée après cuillerée, comme la Vierge Marie aussi avec une telle patience, ne jouons jamais les grands : « une cuillerée pour Jésus, une cuillerée pour Marie, une cuillerée pour la conversion des pécheurs, une cuillerée en réparation etc... ».

Les cuillères sont de deux sortes : en bois, celles des Baptisés ; en argent, celles des Prêtres, car il y a entre le sacerdoce royal des Baptisés et le sacerdoce Ministériel une différence de nature et non de degré. Ce sont les cuillères en argent qui ouvrent les pots. Précisons néanmoins que la grande cuillère en bois de la fille de ferme mystique en son humilité, peut très bien emporter plus de yaourt, que n’en emporterait la petite cuillère en argent de l’abbé de cour.

Certains peuvent offrir des pots à leurs intentions, et toute l’Église en profite. Les pots peuvent être individuels, ou en batteries de quatre, six, huit, douze, seize, ce qui est impressionnant, avec chacun sa cuillère en argent pour l’ouvrir. On peut avoir un seul pot, éventuellement remarquable, avec plusieurs cuillères en argent, dans lequel chaque prêtre puise la mesure de l’intention qu’il honore : c’est la concélébration.

Les pots de yaourt « nature », sont ceux de la messe romaine traditionnelle, comme la Manne en son austérité pour la traversée du désert. Les pots de yaourt « sucré », sont ceux de la messe romaine actuelle en latin ; avec éventuellement les différents arômes de l’adaptation aux langues vernaculaires, comme Panem de caelis omne delectamentum in se habentem. Les pots de yaourt « aux fruits », sont ceux des vénérables rites orientaux catholiques.

A chacun de prolonger l’allégorie pour formuler ses questions et y trouver les réponses.


Basclergeensabots

La Vieille Poste 6 septembre A.D. 2025, premier Samedi du mois