
Le
kérygme que nous venons d'entendre dans la bouche de l'Apôtre,
permet de neutraliser l'enflure, la boursouflure ecclésio-centrée
des années soixante, devenue depuis un cancer qui devait être fatal
à l’Église, si celle-ci n'était pas née du côté du Christ
endormi sur la Croix, selon le mot des Pères, en régime d'Alliance
nouvelle et éternelle; ce qui la rend indéfectible.
"Ce
Jésus que vous avez crucifié, Dieu l'a ressuscité des morts, et il
lui a donné de se montrer non pas à tout le peuple, mais seulement
aux témoins choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec
lui après sa résurrection." C'est tout ça, et ce n'est que
ça. Évidemment, tout est accompli. Tout est déjà fait par
Jésus-Christ et par sa Mère. Il n'y aura jamais dans l'Église plus
de sainteté, plus de charité, plus de vérité et de justice qu'il
n'y en a déjà dans le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur immaculé
de sa Mère. Les Apôtres sont envoyés porter la Bonne Nouvelle et
les moyens du Salut de génération en génération, non pas pour que
machin et chose y rajoutent les splendeurs de leurs propres œuvres,
mais pour que les élus puissent adhérer au Corps mystique du Christ
et avoir part à la Grâce de son Esprit, jusqu'à sa Manifestation
glorieuse aux temps que Dieu a fixés de son autorité et que le Père
seul connaît.
A la
vérité, il n'y a pas de crise de l’Église : une crise qui dure
pendant des dizaines d'années, ce n'est plus une crise, c'est un
dysfonctionnement devenu structurel, qui a été pensé par
l'adversaire, et mis en œuvre par des brigands. Il consiste, me
semble-t-il, simplement en ce que les experts ont subjugué les
Évêques. Mais la légitimité de ces derniers à enseigner et
gouverner, tout autant que leur pouvoir de sanctifier, ne tient
pas aux dernières découvertes des experts les plus en vue, mais
procède immédiatement du mandat du Christ et de l'autorité
Apostolique, qui transmet fidèlement l'intégralité du dépôt de
la Révélation ; c'est-à-dire la Parole de Dieu et la
Tradition vécue de l’Église, avec toujours en son centre, source
et sommet, la Présence éminente, réelle, substantielle, de Jésus
lui-même en Personne, dans la puissance de l'Esprit.
Or le
Pape a organisé lui-même d'avance le viol du Concile qu'il avait
convoqué, en établissant un dit secrétariat, dont les experts
étaient agrégés à chacune des commissions élues par les Évêques,
pour veiller à ce que soient exprimées dans les débats un certain
nombre d'idées incontournables; ceci ne suffisant pas, le Pape
manipula une nouvelle fois le règlement du Concile qu'il avait
pourtant approuvé, et profita de l'inter-sessions pour ériger le
dit secrétariat en Commission transverse, ce qu'elle a toujours été
dans la pensée du Pape, pour chapeauter cette fois, aussi le
Saint-Office, jusqu'ici à part des autres commissions et ayant la
prééminence sur elles toutes, étant donné sa fonction de
vigilance sur l'intégrité de la doctrine de la Foi dans l’Église.
Tout cela ressort des archives maintenant accessibles, et constitue
la matière d'études universitaires, de thèses d'Histoire, de
publications d'articles et de livres. Le donjon de la Curie romaine
ainsi sapé, on pourrait s'acheminer après le Concile, de réforme
en réforme de la Curie, jusqu'à la transformation actuelle des
Sacrées Congrégations, qui étaient chacune un organe de la
personne du Souverain Pontife, en de simples Dicastères, qui sont
les services de l'administration centrale de l’Église romaine,
comportant des pasteurs et des experts, éventuellement féminins
comme il se doit.
Mais
la main-mise des experts sur la Hiérarchie sacrée n'a pu s'imposer
aussi rapidement, que parce que, de façon moins institutionnelle et
plus largement répandue, on confondait depuis un moment déjà, la
doctrine et la théologie. La doctrine est l'intelligence de la foi,
qui éclaire les vérités divines les unes par les autres, avec la
raison pour instrument, par l'analogie avec les choses créées,
l'analogie des mystères entre eux, et la fin ultime de l'homme, la
vie éternelle. C'est ce qu'enseigne le Concile Vatican I dans sa
Constitution sur les rapports de la Foi et de la Raison.
La
théologie, elle, toujours au moyen de la raison droite et dans la
foi, recherche des synthèses plus larges, propose des perspectives,
repère des constantes, formule des convenances, ose des réflexions.
Elle le fait dans l'ambiance intellectuelle de l'époque,
éventuellement en dialogue avec les courants de pensée, et n'hésite
pas à relever le défi des grands systèmes philosophiques du
moment, à la fois pour en montrer l'intérêt ou les erreurs, et
pour défendre la foi catholique contre les attaques qu'ils
pourraient mener, et le peuple chrétien contre les dangers qu'ils
pourraient représenter. La théologie se distingue elle-même en
théologie positive et en théologie spéculative, dans une
proportion d'environ 10% pour la théologie spéculative. La
théologie positive procède comme une sorte d'inventaire des données
: sur telle question nouvelle ou en débat, que dit l’Écriture,
que disent les Pères, qu'enseigne le Magistère ordinaire et
extraordinaire, particulier et universel, qu'en ont dit les Saints et
pensé les Mystiques ? Et c'est à partir de là, que les esprits
forts, pas si nombreux que cela en théologie spéculative, pourront
forger les opinions qu'ils soumettront à la discussion des autres,
confrontant leurs réflexions et remarques, opposant leurs arguments
et répondant aux objections. Très rares sont les théologiens qui
ont vu certaines ou beaucoup de leurs propositions intégrées
presque mot à mot par le Magistère authentique de l’Église.
Plutôt
que d'user ses énergies et se répandre en accusations d'hérésies
et de schismes, comme si la tunique sans couture de l’Église était
si ténue qu'elle soit en lambeaux aux moindres contestations du
premier esprit tordu, il serait plus approprié de dissiper la
confusion des genres et de remettre chacun à sa place. Nul doute que
l'eau du bocal s'en trouverait vite beaucoup plus claire. Mais pour
qu'elle soit de nouveau limpide, il faut abjurer, une fois pour
toute, et tous, l'esprit révolutionnaire, son obsession de la pureté
rituelle qui lui vient des anciennes prescriptions mosaïques, et sa
fascination pour les totalités en dehors desquelles point de salut
: « c'est seulement en éradiquant toute erreur qu'ont
pourra sauver la vérité ». Mais tant qu'on agite l'eau du
bocal, elle restera trouble. Il faut donc finalement retrouver
confiance dans la force de la vérité elle-même, malgré les
cinquante ans que nous venons de subir, et cesser l'agitation dans le
bocal : rapidement les plus lourds, les plus gros, les plus acérés,
seront entraînés au fond par leur pesanteur même, et ils seront
bien vite oubliés; au lieu de réclamer des condamnations qui les
feront remonter à la surface pour un nouveau petit tour de gloire
insignifiant et vain, sur des sujets dont, en fait, personne n’est
plus désormais capable de comprendre l’importance.
Je
terminerai, si vous le permettez, par une double allégorie, après
avoir demandé votre indulgence pour bas-clergé-en-sabots qui n'a
que les visions qu'il peut. Nous sommes au casino royal, devant la
roulette française, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler. Le Christ
est parmi les joueurs. Le Saint Esprit est le croupier. Le Patron,
personne ne l'a jamais vu, sauf quelques rares et seulement de dos.
Tous peuvent venir tenter leur chance à cette table : le premier
jeton, gratuit, est donné à chacun lors de sa conception près du
cœur de sa mère. La dernière partie a commencé l'an du Seigneur
2023. Vous vous souvenez : 5 janvier, funérailles de Benoît XVI,
dont la devise dans la Prophétie des Papes, était "De gloria
olivae"; et le 7 octobre début des massacres en Terre Sainte,
affichant depuis, de manière tragique, la signification aveuglante
de cette devise. Faites vos jeux... rien ne va plus.. Le croupier
lance avec force la roulette, puis la bille qui saute d'un bord à
l'autre et s'arrête dans une case, tandis que la roulette continue à
tourner encore un moment. Enfin, le croupier proclame : le 3, rouge,
impair et manque. C'est le chiffre sur lequel le Christ a misé : la
sainte Trinité, le Sang de sa Passion, le sort inégal des bons et
des méchants, la damnation éternelle de beaucoup. Ceux qui ont misé
sur le 6, noir, pair et manque, en triplant la mise, ont tout perdu,
ils sont finis. C'était la dernière partie : il n’y en aura
pas d’autre. J'ai parlé ailleurs de la fin de la « deuxième
mi-temps ». La table de la roulette a été renversée au cours
de l'Année Sainte 2025, jubilé ordinaire romain, et centenaire de
Pontevedra qui se prolongeait, comme chacun sait, jusqu'au 15 février
2026.
Nous
sommes maintenant devant la table de Baccara. Le Christ ne joue pas :
c'est lui le Maître du jeu, il mélange les cartes et les distribue
avec une agilité stupéfiante, il les achemine, les retourne, c'est
lui qui sert. Sa Mère est à la table : cette Dame de très grande
classe qui impressionne tout le monde, avec invisiblement en elle, le
Saint Esprit. A cette table ne sont invités que les puissants de ce
monde, élus de premier rang, dignitaires ecclésiastiques. Nous, les
gueux, les humbles disons-nous dans l’Église, on nous recommande
de nous tenir assez loin pour être à l'abri. Mais nous pouvons
regarder, surtout la grande Dame dont le regard n’hésite pas à
croiser celui des autres joueurs, les cherche même ; furieux,
dépités, terrifiés, de trop rares fois heureux et fiers, mais ce
sont eux qui baissent les yeux. Au Baccara, on ne prend pas en compte
les dizaines : on ne garde que les unités, de sorte que le chiffre
le plus élevé n'est jamais plus que neuf; les têtes ou figures
valent zéro. C'est ce que les joueurs ont d’emblée du mal à
intégrer. Le jeu s'accélère : la dextérité du croupier est
fascinante, la distribution des cartes et leur ramassage, le calcul
des profits et des pertes et leur remise aux joueurs se fait plus
rapide ; on sent que le Christ veut en finir. Les lettres de la
dépêche de Pontmain que nous pouvons lire, nous autres comme les
enfants, défilent en boucle sur la paroi, rappelant cette main
terrifiante au festin de Balthasar :
"MAIS
PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS ●
MON
FILS SE LAISSE TOUCHER".
Les
joueurs restent à la table de moins en moins longtemps et ils
passent à la caisse recevoir leur compte ou abandonnent leurs
jetons, pensant échapper; et d'autres les remplacent de plus en plus
souvent, on n'arrive plus à se rappeler leurs noms, dont les listes
entières sont en accès gratuit sur internet. Finalement, ils se
font plus rares, encore plus inquiétants, et quelques uns vraiment
rayonnants. Jusqu'à ce que s'accomplisse la promesse de Notre-Dame :
"à la fin mon Cœur immaculé triomphera"; ouvrant
l'accomplissement à celle du Sacré-Cœur : "Ne crains rien. Je
régnerai malgré mes ennemis, et ceux qui voudront s'y opposer."