
« Je suis la
Mère du Bel Amour.. Penser à moi est plus doux que le miel, et
vivre auprès de moi est plus agréable qu’un gâteau de miel. »
Lorsqu’on parlait français, on avait cette expression :
« Heureux comme Dieu en France ». On est chez soi, on est
en famille, on est bien : on nous l’a dit souvent, la Vierge
Marie est en chaussons et elle ne part pas à la fin de l’apparition
de Pontmain ; elle reste à la maison, tout simplement. Hélas,
on ne parle plus français. Peut-être connaissez-vous la prière de
Claire Ferchaud pour la France : « Ô Marie conçue sans
péché, regardez la France, priez pour la France, sauvez la France.
Plus elle est coupable, plus elle a besoin de votre intercession. Ô
Marie, un mot à Jésus reposant dans vos bras et la France est
sauvée ; ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France.
Saint Michel archange, défendez-nous contre les ennemis de notre
salut. » Comment résister à l’impression que cette prière
est inexaucée ? En plus, un mot suffit : n’est-il
toujours pas prononcé ? Et toutes ces Suppliques ? Et ce temps
qui n’en finit pas de finir?
Je sais un abbé
qui, revenu de Loublande, avait quelquefois attrapé le fou rire,
comme si l’on disait, doigt levé en forme d’avertissement :
« Sois un bon garçon ; obéis à ta mère ! »…
Mais Claire écrit aussi, le 16 septembre 1943 : « Il faut
cette dernière larme, cette dernière goutte de sang, ce dernier
hoquet pour achever la Rédemption. Et sous ces paupières abaissées
sur des yeux éteints, Jhésus a enfermé le salut de Sa France ! »
Alors le rire lui reste dans la gorge : il ne s’agit pas du
petit Jésus, mais de l’Homme des Douleurs, que la Pietà reçoit à
la descente de Croix. Il a effectivement mérité le salut de la
France, obéissant à sa Mère jusque dans la mort : dans un
surcroît de miséricorde, comme un au-delà de sa charité infinie.
Le salut de la
France est donc enfermé dans cet instant suprême de la Passion, où
le Christ endormi dans la mort, repose dans la Compassion de Marie.
Clairement inspiré, Louis XIII, en mémorial du Voeu qui consacrait
sa personne et le royaume tout entier à Marie dans le triomphe de
son Assomption, a fait reconstruire le maître-autel de Notre Dame de
Paris, où lui-même est représenté offrant sa couronne et son
sceptre, non pas à la Reine de gloire, mais à la Mère douloureuse.
Car le roi n’a pas vraiment l’initiative : le vœu qu’il a
formé au centre de son âme, et qu’il prend soin de faire
enregistrer par les instances juridiques de l’État, est en réalité
le reflet historique officiel du choix transcendant du Christ sur la
France ; c’est la réponse humble et pleine de foi à l’amour
prévenant de Notre Dame.
Les autres nations
supplient la Providence, et elles en reçoivent ce qui est juste.
Pour la France, il n’en est pas ainsi : elle
est née du Baptême de son roi, lui-même désigné comme fils aîné
et sacré pour être le glaive et le bouclier temporels de la sainte
Mère Église. Il y a là une élection qui surpasse celle d’Israël, et déclare
ancienne l’alliance du Sinaï ; or ce qui est ancien est près
de disparaître, affirme la Lettre aux Hébreux. Telle est la raison
métaphysique pour laquelle l’abolition du droit divin est
contre-nature en France et la détruit. Telle est la raison mystique
pour laquelle le peuple prétendument souverain n’est pas seulement
une imposture grossière, un principe constitutionnel à la.. mode de chez nous de
dupes, mais l’apostasie qui tue nos âmes. L’académicien
Jean-François de La Harpe, qui voyait s’établir la Terreur en
même temps que l’État de Droit, cité tout récemment par
Upinsky, déclarait le 31 décembre 1794 : « Cet oubli du
sens commun.. Ces Assemblées sans police, font couvrir de leur voix
quiconque raisonnerait.. Les uns par persuasion, les autres par
crainte, tandis que tout le reste garde un silence absolu : on
céda la place, et la scélératesse extravagante, parvenue enfin à
parler seule, devint LA LOI… Les tyrans à bonnet rouge osent bien
plus que les tyrans à couronne, et peuvent bien d’avantage. »
De fait, on
« applique la Loi » et tous sont formellement soumis ;
tandis qu’à l’inverse, on « fait justice » : la
main Royale règne par le Beau, le Vrai et le Bien auxquels tous
aspirent naturellement. « Le règne de Dieu est le principe du
gouvernement des états : sans ce fondement, il n’y a point de
prince qui puisse bien régner, ni d’état qui puisse être
heureux », écrit Richelieu dans son Testament politique. On se
demande ce qui pourrait réveiller les Français. Encore faudrait-il
prendre en compte la nature véritable de la léthargie qui les
embrume: quand le régime, quand les institutions piétinent
elles-mêmes leur propre légalité, tout est paralysé. C’est le
cas en France, c’est aussi le cas dans l’Église ; et
comment s’en étonner, puisqu’elle n’a plus le fils aîné pour
la défendre contre les ennemis extérieurs et intérieurs ?
Comme Louis XIII admonestait l’archevêque de Paris pour la
procession du 15 août après les Vêpres solennelles, et les Évêques
chacun en sa cathédrale, rien n’empêcherait le roi, pour le bien
de ses sujets et du royaume, de signifier à qui de droit qu’il lui
plairait que l’on portât l’habit ecclésiastique ou religieux,
que l’on veillât à la dignité du culte divin, que l’on reprît
sérieusement l’enseignement du catéchisme. Il pourrait même
respectueusement présenter une supplique au Saint Père pour qu’il
autorisât la Messe Perpétuelle, et honorât la fille aînée de
l’Église en venant, personnellement ou par un légat, pour
l’instaurer en ce lieu des Rinfillières : « que j’ai
spécialement choisi, dit le Sacré-Cœur le 6 novembre 1925, pour
répandre sur le monde ma miséricorde ». Tout semble tellement
simple, presque immédiatement accessible : pourquoi ne le
serait-ce pas ?
Parce que « Jésus
dort à l’arrière, sur le coussin », comme dans l’Evangile
de la tempête apaisée. « Sous ces paupières abaissées sur
des yeux éteints, Jésus a enfermé le salut de Sa France » :
le trône est scellé, et la France ingouvernable. Et nous ne voulons
pas croire qu’il suffit de rappeler le Christ pour que tout soit
sauvé et reprenne vie : pourtant, il est digne, l’Agneau
immolé de recevoir le Livre et d’en ouvrir les sceaux ! Mais
cela suppose pour nous, de faire amende honorable, de reconnaître
que nous avons eu tort, que nous nous sommes trompés ; de
confesser que nous avons été les artisans de notre propre malheur
et les complices de nos bourreaux, lesquels nous remettons
invariablement en selle à chaque élection à la.. mode de chez nous comme des dupes ;
de demander pardon d’avoir trahi la mission de défendre l’Église
après avoir renié l’élection qui nous fait encore ce que nous
sommes : « la France, fille aînée de l’Église, alliée
de la Sagesse éternelle pour le bonheur des peuples », selon
le mot de Jean Paul II, qui pouvait nous être une expiation. Que de
fois Jésus a-t-il mendié auprès de notre arrogance, cette unique
démarche: que la France officielle revienne à moi ! Mon
Sacré-Cœur sur les drapeaux de France et, reprenant sa place dans
le monde, elle présidera à la paix des Nations. Ne haussons pas les
épaules, pauvre abbé au rire facile, car Jésus a donné un signe
éclatant en plein XXème siècle que c’était possible :
épisode qui nous fait honte, tout comme le reste.
Une petite bretonne,
Olive Danzé, bientôt Sœur Marie du Christ Roi, arrive en 1926 de
la Pointe du Raz au couvent des Bénédictines du Très Saint
Sacrement, 16 rue Tournefort, Paris Vème. Par elle, Jésus demande
la construction dans le jardin du monastère, d’un sanctuaire de sa
Royauté qui fasse pendant au sanctuaire de sa Miséricorde à
Montmartre. Le Cardinal Dubois approuve le projet, on est un an
seulement après Quas Primas. Les dons affluent du monde
entier. En 1935, le Cardinal Verdier bénit la première pierre. En
1939 le gros œuvre et le clocher sont achevés, baptême des cloches
le 29 juin par le Cardinal Verdier, et le 27 octobre 1940 en la fête
du Christ-Roi, première messe solennelle. L’année suivante, le
maître-autel est béni par le Cardinal Suhard. Le 16 juin 1956 le
Cardinal Feltin vient présider la consécration du sanctuaire du
« Christ Roi, Prince de la Paix, Maître des nations »
triple invocation formulée par Jésus lui-même. Vingt ans plus
tard, le 2 février 1977, le sanctuaire est livré aux pelleteuses
des promoteurs, et toutes les démarches auprès des plus hautes
autorités de l’État et de l’Église pour sauver l’affaire
reçoivent la même réponse : ce n’est pas nous, pas nous,
pas nous. Et là, se dresse orgueilleusement la Résidence du
Panthéon.
« Si seulement
le Bon Dieu ne nous avait pas tant aimés », s’est exclamé
un jour le saint Curé d’Ars en pleurant.
Basclergeensabots
Pontmain, 17 septembre A.D. 2025