La Parole de Dieu, ce Dimanche, est un véritable festin, même si ce qui est dit dans la première lecture est peu ragoûtant : ces carcasses d’animaux fraîchement tués, desquelles il faut déjà éloigner les vautours ! Nous sommes aux premiers chapitres de la Genèse : on avait l’histoire de la Création, et commence maintenant l’histoire du salut et de la perdition. Dieu dit à un homme : « va-t-en de là, sors, et je te dirai où aller » ; et suscitant un écho dans le cœur de cet homme, il fait alliance avec lui et sa descendance.
Le procédé est quelque peu archaïque, c’est la Genèse ! Voici comment cela se passait : les contractants sacrifiaient des animaux, puis ils passaient l’un après l’autre entre les morceaux sanguinolents. L’alliance était claire : entre nous, c’est à la vie et à la mort, nous sommes du même sang ; avec une menace non voilée : si tu n’es pas fidèle et si tu trahis l’alliance, tu seras traité comme ces animaux. Ici, Dieu seul passe entre les morceaux, tandis qu’Abraham est saisi d’une torpeur mystique : un brasier ardent et une torche, l’alliance reposera donc essentiellement sur la fidélité de Dieu ; un peu comme Moïse verra un buisson ardent qui brûle sans se consumer, lors de la révélation du Nom divin « Je Suis, c’est Moi ».
Fidélité de Dieu à l’alliance, évoquons quelques harmoniques : « le Sang de l’alliance », nous l’entendons au cœur de chaque Messe, ce ne sont plus des quartiers d’animaux.. et déjà avant, les derniers versets du Magnificat, lorsque l’âme de Marie jubile aux premiers jours de l’Incarnation : « il se souvient de sa miséricorde, de la promesse faite à Abraham et à sa descendance à jamais ». La Mère de Dieu pressent déjà ce que ce sera en son Fils, que la fidélité de Dieu à l’Alliance.
C’est donc cela que nous avons dans l’Évangile de la Transfiguration : la fidélité de Dieu à l’alliance. Avec Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes, c’est tout l’Ancien Testament ; avec Pierre, Jean et Jacques, les colonnes de l’Église comme les appelle saint Paul après sa conversion, c’est le Nouveau Testament ; et Jésus en gloire, Médiateur de l’alliance nouvelle et éternelle. Telle est la gloire de la fidélité de Dieu à son alliance: vainqueur de toute iniquité, il enlève sur lui les péchés du monde, malgré l’ingratitude des hommes, et ainsi les justifie dans sa justice, c’est-à-dire en mettant le comble à la mesure sans mesure de son amour. A l’Heure où il passait de ce monde à son Père, Jésus, qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin.
Pourquoi donc Jésus a-t-il montré aux Apôtres choisis entre tous, la gloire qu’il avait auprès de Dieu avant que le monde fut ? Gloire qu’il méritera, par la Passion, de faire resplendir dans sa résurrection et ainsi de la partager à tous ceux qui regarderont vers lui avec foi ? Précisément pour essayer de conjurer en eux le scandale de la Croix lorsque l’Heure sera venue. C’est d’ailleurs bien dans cette perspective que saint Pierre, dans sa deuxième Lettre, rappelle la Transfiguration : pour soutenir l’espérance des Chrétiens persécutés dès les premières années de l’Église. Par la Croix, à la Gloire ; nous aurons part à la résurrection, nous qui aurons tenus dans les épreuves.
Et nous ? Deuxième Dimanche de Carême, nous faisons profession de renoncer à satan et de suivre le Christ jusqu’à la mort, pour avoir part aussi avec lui dans la vie éternelle : notre courage est ranimé par la gloire anticipée qu’il fait resplendir dans le mystère de sa Transfiguration. Mais nous sommes aussi en 2025 : Année Sainte que le Souverain Pontife a dédiée à l’Espérance. Dans la Bulle d’indiction, il explique pourquoi nous gardons l’espérance malgré les ténèbres qui couvrent le monde et même l’Église : parce que Jésus est toujours avec nous, et il est ressuscité ; autrement dit, il est fidèle malgré nos offenses, et il est fiable même si nous mourons. Mais le Pape François a publié simultanément une Lettre Apostolique, « Dilexit Nos » il nous a aimés jusqu’au bout, pour les 350 ans des apparitions du Sacré-Coeur à Paray-le-Monial, que nous célébrons aussi cette année.
Catholiques et Français, nous ne pouvons donc pas faire l’économie d’une énorme remise en cause. « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi. Ecoutez-le ! ». Est-ce que nous écoutons Jésus Christ ? Ben ouais, nous sommes entrés en Carême, quand même... Le Christ a fait alliance avec les Francs, et l’Histoire nous montre depuis, 1500 ans d’une ascension de la France dans le chœur des Nations : toutes regardent vers elle avec une sorte de joie, même encore jusqu’à il y a peu, malgré tout ; mais lorsque nous avons aboli le droit divin pour proclamer le peuple souverain, ce fut la plongée vers les abysses. « Le peuple souverain », cela n’a jamais été vrai : c’est le mensonge infernal de la magie noire ; et le peuple, flatté, ne veut plus rien voir, et il est même prêt à tout accepter.
Pourtant, le Sacré-Cœur est revenu à la charge plusieurs fois depuis sainte Marguerite-Marie.
Après le refus du Président Poincaré en 1917, … c’est la Grande Guerre,
il s’est même tourné vers la Pologne à la fin des années 30, confiant à sainte Faustine cet avertissement : « l’humanité ne trouvera pas la paix, sinon en recourant à ma divine miséricorde »… c’est la Deuxième Guerre mondiale.
2025, deuxième Dimanche de Carême, le Père fait retentir sa voix : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : Ecoutez-le ! »… c’est... Nan, rien.