12 avril 2026

Lundi de Pâques - Homélie de la Messe chantée

 

 

Le kérygme que nous venons d'entendre dans la bouche de l'Apôtre, permet de neutraliser l'enflure, la boursouflure ecclésio-centrée des années soixante, devenue depuis un cancer qui devait être fatal à l’Église, si celle-ci n'était pas née du côté du Christ endormi sur la Croix, selon le mot des Pères, en régime d'Alliance nouvelle et éternelle; ce qui la rend indéfectible.

"Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l'a ressuscité des morts, et il lui a donné de se montrer non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection." C'est tout ça, et ce n'est que ça. Évidemment, tout est accompli. Tout est déjà fait par Jésus-Christ et par sa Mère. Il n'y aura jamais dans l'Église plus de sainteté, plus de charité, plus de vérité et de justice qu'il n'y en a déjà dans le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur immaculé de sa Mère. Les Apôtres sont envoyés porter la Bonne Nouvelle et les moyens du Salut de génération en génération, non pas pour que machin et chose y rajoutent les splendeurs de leurs propres œuvres, mais pour que les élus puissent adhérer au Corps mystique du Christ et avoir part à la Grâce de son Esprit, jusqu'à sa Manifestation glorieuse aux temps que Dieu a fixés de son autorité et que le Père seul connaît.

A la vérité, il n'y a pas de crise de l’Église : une crise qui dure pendant des dizaines d'années, ce n'est plus une crise, c'est un dysfonctionnement devenu structurel, qui a été pensé par l'adversaire, et mis en œuvre par des brigands. Il consiste, me semble-t-il, simplement en ce que les experts ont subjugué les Évêques. Mais la légitimité de ces derniers à enseigner et gouverner,  tout autant que leur pouvoir de sanctifier, ne tient pas aux dernières découvertes des experts les plus en vue, mais procède immédiatement du mandat du Christ et de l'autorité Apostolique, qui transmet fidèlement l'intégralité du dépôt de la Révélation ; c'est-à-dire la Parole de Dieu et la Tradition vécue de l’Église, avec toujours en son centre, source et sommet, la Présence éminente, réelle, substantielle, de Jésus lui-même en Personne, dans la puissance de l'Esprit.

Or le Pape a organisé lui-même d'avance le viol du Concile qu'il avait convoqué, en établissant un dit secrétariat, dont les experts étaient agrégés à chacune des commissions élues par les Évêques, pour veiller à ce que soient exprimées dans les débats un certain nombre d'idées incontournables; ceci ne suffisant pas, le Pape manipula une nouvelle fois le règlement du Concile qu'il avait pourtant approuvé, et profita de l'inter-sessions pour ériger le dit secrétariat en Commission transverse, ce qu'elle a toujours été dans la pensée du Pape, pour chapeauter cette fois, aussi le Saint-Office, jusqu'ici à part des autres commissions et ayant la prééminence sur elles toutes, étant donné sa fonction de vigilance sur l'intégrité de la doctrine de la Foi dans l’Église. Tout cela ressort des archives maintenant accessibles, et constitue la matière d'études universitaires, de thèses d'Histoire, de publications d'articles et de livres. Le donjon de la Curie romaine ainsi sapé, on pourrait s'acheminer après le Concile, de réforme en réforme de la Curie, jusqu'à la transformation actuelle des Sacrées Congrégations, qui étaient chacune un organe de la personne du Souverain Pontife, en de simples Dicastères, qui sont les services de l'administration centrale de l’Église romaine, comportant des pasteurs et des experts, éventuellement féminins comme il se doit.

Mais la main-mise des experts sur la Hiérarchie sacrée n'a pu s'imposer aussi rapidement, que parce que, de façon moins institutionnelle et plus largement répandue, on confondait depuis un moment déjà, la doctrine et la théologie. La doctrine est l'intelligence de la foi, qui éclaire les vérités divines les unes par les autres, avec la raison pour instrument, par l'analogie avec les choses créées, l'analogie des mystères entre eux, et la fin ultime de l'homme, la vie éternelle. C'est ce qu'enseigne le Concile Vatican I dans sa Constitution sur les rapports de la Foi et de la Raison.

La théologie, elle, toujours au moyen de la raison droite et dans la foi, recherche des synthèses plus larges, propose des perspectives, repère des constantes, formule des convenances, ose des réflexions. Elle le fait dans l'ambiance intellectuelle de l'époque, éventuellement en dialogue avec les courants de pensée, et n'hésite pas à relever le défi des grands systèmes philosophiques du moment, à la fois pour en montrer l'intérêt ou les erreurs, et pour défendre la foi catholique contre les attaques qu'ils pourraient mener, et le peuple chrétien contre les dangers qu'ils pourraient représenter. La théologie se distingue elle-même en théologie positive et en théologie spéculative, dans une proportion d'environ 10% pour la théologie spéculative. La théologie positive procède comme une sorte d'inventaire des données : sur telle question nouvelle ou en débat, que dit l’Écriture, que disent les Pères, qu'enseigne le Magistère ordinaire et extraordinaire, particulier et universel, qu'en ont dit les Saints et pensé les Mystiques ? Et c'est à partir de là, que les esprits forts, pas si nombreux que cela en théologie spéculative, pourront forger les opinions qu'ils soumettront à la discussion des autres, confrontant leurs réflexions et remarques, opposant leurs arguments et répondant aux objections. Très rares sont les théologiens qui ont vu certaines ou beaucoup de leurs propositions intégrées presque mot à mot par le Magistère authentique de l’Église.

Plutôt que d'user ses énergies et se répandre en accusations d'hérésies et de schismes, comme si la tunique sans couture de l’Église était si ténue qu'elle soit en lambeaux aux moindres contestations du premier esprit tordu, il serait plus approprié de dissiper la confusion des genres et de remettre chacun à sa place. Nul doute que l'eau du bocal s'en trouverait vite beaucoup plus claire. Mais pour qu'elle soit de nouveau limpide, il faut abjurer, une fois pour toute, et tous, l'esprit révolutionnaire, son obsession de la pureté rituelle qui lui vient des anciennes prescriptions mosaïques, et sa fascination pour les totalités en dehors desquelles point de salut  : « c'est seulement en éradiquant toute erreur qu'ont pourra sauver la vérité ». Mais tant qu'on agite l'eau du bocal, elle restera trouble. Il faut donc finalement retrouver confiance dans la force de la vérité elle-même, malgré les cinquante ans que nous venons de subir, et cesser l'agitation dans le bocal : rapidement les plus lourds, les plus gros, les plus acérés, seront entraînés au fond par leur pesanteur même, et ils seront bien vite oubliés; au lieu de réclamer des condamnations qui les feront remonter à la surface pour un nouveau petit tour de gloire insignifiant et vain, sur des sujets dont, en fait, personne n’est plus désormais capable de comprendre l’importance.

Je terminerai, si vous le permettez, par une double allégorie, après avoir demandé votre indulgence pour bas-clergé-en-sabots qui n'a que les visions qu'il peut. Nous sommes au casino royal, devant la roulette française, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler. Le Christ est parmi les joueurs. Le Saint Esprit est le croupier. Le Patron, personne ne l'a jamais vu, sauf quelques rares et seulement de dos. Tous peuvent venir tenter leur chance à cette table : le premier jeton, gratuit, est donné à chacun lors de sa conception près du cœur de sa mère. La dernière partie a commencé l'an du Seigneur 2023. Vous vous souvenez : 5 janvier, funérailles de Benoît XVI, dont la devise dans la Prophétie des Papes, était "De gloria olivae"; et le 7 octobre début des massacres en Terre Sainte, affichant depuis, de manière tragique, la signification aveuglante de cette devise. Faites vos jeux... rien ne va plus.. Le croupier lance avec force la roulette, puis la bille qui saute d'un bord à l'autre et s'arrête dans une case, tandis que la roulette continue à tourner encore un moment. Enfin, le croupier proclame : le 3, rouge, impair et manque. C'est le chiffre sur lequel le Christ a misé : la sainte Trinité, le Sang de sa Passion, le sort inégal des bons et des méchants, la damnation éternelle de beaucoup. Ceux qui ont misé sur le 6, noir, pair et manque, en triplant la mise, ont tout perdu, ils sont finis. C'était la dernière partie : il n’y en aura pas d’autre. J'ai parlé ailleurs de la fin de la « deuxième mi-temps ». La table de la roulette a été renversée au cours de l'Année Sainte 2025, jubilé ordinaire romain, et centenaire de Pontevedra qui se prolongeait, comme chacun sait, jusqu'au 15 février 2026.

Nous sommes maintenant devant la table de Baccara. Le Christ ne joue pas : c'est lui le Maître du jeu, il mélange les cartes et les distribue avec une agilité stupéfiante, il les achemine, les retourne, c'est lui qui sert. Sa Mère est à la table : cette Dame de très grande classe qui impressionne tout le monde, avec invisiblement en elle, le Saint Esprit. A cette table ne sont invités que les puissants de ce monde, élus de premier rang, dignitaires ecclésiastiques. Nous, les gueux, les humbles disons-nous dans l’Église, on nous recommande de nous tenir assez loin pour être à l'abri. Mais nous pouvons regarder, surtout la grande Dame dont le regard n’hésite pas à croiser celui des autres joueurs, les cherche même ; furieux, dépités, terrifiés, de trop rares fois heureux et fiers, mais ce sont eux qui baissent les yeux. Au Baccara, on ne prend pas en compte les dizaines : on ne garde que les unités, de sorte que le chiffre le plus élevé n'est jamais plus que neuf; les têtes ou figures valent zéro. C'est ce que les joueurs ont d’emblée du mal à intégrer. Le jeu s'accélère : la dextérité du croupier est fascinante, la distribution des cartes et leur ramassage, le calcul des profits et des pertes et leur remise aux joueurs se fait plus rapide ; on sent que le Christ veut en finir. Les lettres de la dépêche de Pontmain que nous pouvons lire, nous autres comme les enfants, défilent en boucle sur la paroi, rappelant cette main terrifiante au festin de Balthasar :

"MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS

MON FILS SE LAISSE TOUCHER".

Les joueurs restent à la table de moins en moins longtemps et ils passent à la caisse recevoir leur compte ou abandonnent leurs jetons, pensant échapper; et d'autres les remplacent de plus en plus souvent, on n'arrive plus à se rappeler leurs noms, dont les listes entières sont en accès gratuit sur internet. Finalement, ils se font plus rares, encore plus inquiétants, et quelques uns vraiment rayonnants. Jusqu'à ce que s'accomplisse la promesse de Notre-Dame : "à la fin mon Cœur immaculé triomphera"; ouvrant l'accomplissement à celle du Sacré-Cœur : "Ne crains rien. Je régnerai malgré mes ennemis, et ceux qui voudront s'y opposer."


Saint Jour de Pâques - Homélie de la Grand-Messe solennelle

 

 

« Qu’as-tu vu en chemin ? J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, la gloire du ressuscité ; les anges en sont témoins, le Suaire et les linges ! »

En évacuant le Saint-Suaire, nous transformons le Tombeau vide en un tombeau vide vide, vide de chez vide, comme on dit sottement aujourd’hui, au fond duquel s’ouvre l’abîme qui engloutira notre arrogance : « plutôt le néant que de reconnaître que nous avons péché, et non pas demander mais juste accueillir le pardon qui vient encore à nous ! » Mais cela aussi est un mensonge, car il n’y a pas de néant, ce n’est qu’une fiction de nos dialectiques : ce qu’il y a au fond de l’abîme depuis que le Christ y est passé en son âme, c’est la damnation éternelle de tous ceux qui le refusent.

En repoussant le Saint-Suaire, nous piétinons la sainte Face adorable de notre Rédempteur et Sauveur ; et nous bafouons la Relique éminente de son très Précieux Sang avant et après sa Mort qu’il a acceptée par amour pour nous. Nous refusons le message encrypté pour nous dans les fibres du tissu, il y a 2000 ans. Un message transmis pieusement par nos aînés de génération en génération, sans qu’ils ne l’ouvrent puisqu’il ne leur était pas destiné, mais seulement à nous, pour tâcher dans un acte de miséricorde et de puissance posé d’avance, de nous arracher aujourd’hui à l’orgueil de notre techno-science. Véritable film de sa bienheureuse Passion jusqu’à la Trace de sa Résurrection. Car les scientifiques ont décodé les séquences du message et les ont publiées, avec émerveillement, se demandant : « serait-ce Dieu ? » ; et la communauté scientifique unanime a conclu enthousiaste à l’authenticité du Saint-Suaire.

Face à quoi, les plus hautes autorités de l’Église, Custode du Saint Suaire à Turin, Souverain Pontife, en sont restées aux bêtises du Carbone 14, pour proférer devant le monde stupéfait et incrédule, le même reniement de Pierre : « je ne connais pas cet homme » ! Le premier Pape tétanisé devant une portière ; et maintenant la Reine dominée par la même servante... Mais le Saint Père ne semble pas se rendre compte qu’en tournant ainsi le dos à la science, l’Église abdique l’intelligence et dégrade du même coup la vraie foi, en une confession arbitraire, une croyance mythologique.

Je vous donne donc la suite du programme. D’abord, la lecture des chapitres 8 et 9 de saint Jean, qui commencent, comme par hasard, par la femme adultère ; le chapitre 8 pour le régime actuel chez nous et dans les autres pays du monde, le chapitre 9 pour les dignitaires de l’Église.

Chapitre 8. La vérité vous rendra libres. Comment peux-tu dire la vérité nous rendra libres ? Nous sommes les enfants d’Abraham et nous n’avons jamais été les esclaves de personne. Menteurs ! Le cœur de votre religion n’est-il pas la délivrance de l’esclavage d’Egypte en traversant la Mer Rouge à pied sec ? Exode prodigieux qui n’a pas converti vos cœurs rebelles, vous qui avez murmuré au désert pendant quarante ans, protestant de retourner en Egypte, où vous étiez paraît-il si bien, autour des marmites de viande, avec les oignons et les concombres ! Si vous étiez les enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham : lui n’a pas cherché à me tuer ; vous, vous faites les œuvres du diable votre père, menteur et homicide dès le commencement. Nous voyons bien que tu as un démon : nous, nous avons Dieu pour Père ! Si vous étiez de Dieu, vous m’accueilleriez, parce que je suis sorti de lui ; je ne suis pas venu de moi-même, c’est lui qui m’a envoyé. Abraham a vu mon jour et il a été dans la joie. Toi qui n’as pas cinquante ans, tu as vu Abraham.. En vérité, en vérité je vous le dis : avant qu’Abraham ne vienne à l’existence, moi, Je Suis !

Chapitre 9. Comment se fait-il que tu voies ? Le Baptême reçu de vos mains, messeigneurs, m’a illuminé, et maintenant, je vois. Ils ne voulaient pas croire qu’il avait été aveugle et interrogent les parents : mais ceux-ci avaient peur, parce qu’ils avaient fait savoir que ceux qui croiraient en lui seraient exclus de la communauté. Une deuxième fois ils l’interrogent : comment donc t’a-t-il ouvert les yeux et d’où est-il ? Voilà bien l’étonnant : que vous ne sachiez pas Qui il est. Toi qui n’est que péché tu nous fais la leçon ? Et ils le jetèrent dehors. Alors Jésus dit : je suis venu pour un jugement, afin que ceux qui sont aveugles puissent voir ; et que ceux qui voient deviennent aveugles. Alors ils lui disent : serions-nous aveugles nous aussi ? Il leur dit : si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : nous voyons. Votre péché demeure.

Ensuite, la lecture d’Ezéchiel. Et d’abord les tout premiers chapitres : la Gloire du Seigneur ; parce que Dieu, le Dieu des Armées, va remettre de l’ordre dans sa Maison. Ensuite, chapitre 16 allégorie de la Synagogue pêle-mêle mais surtout l’Egise. A ta naissance, personne ne t’a lavée de ton sang ; et dans la poussière où l’on t’avait jetée, je t’ai regardée et je t’ai aimée. Je me suis occupé de toi ; puis tu as grandi et tu es devenue très belle. Alors, parée de tous mes cadeaux, ivre de ton élévation car j’avais fait de toi une reine, tu t’es précipitée sur des amants, une chamelle folle nous dit Jérémie, croisant ses traces sur toutes les collines ; ils abusaient de toi en se moquant de toi. Alors je t’ai châtiée par le bras d’un peuple brutal dont tu ne comprenais pas la langue, tu faisais de ton dos un chemin pour qu’il passe. Tes sœurs plus jeunes ont pris le pas sur toi et s’effrayaient de voir jusqu’où tu tomberais. Ton ventre collé à la terre, tu crieras vers moi, et je te relèverai. Tes soeurs seront de nouveau tes servantes, confondues par l’ardeur de mon amour pour toi, car je te rétablirai et tu seras plus splendide encore.

Puis, chapitre 34 à 37. Chapitre 34 contre les mauvais bergers qui s’occupent d’eux-mêmes au lieu de s’occuper du troupeau. Je leur reprendrai mes brebis d’entre les dents, et c’est moi-même qui les conduirai sur des pâturages, et elles y prospéreront ; je les confierai à des pasteurs selon mon cœur prêts à donner leur vie pour elles. Chapitre 35 contre les païens et autres supplétifs des zones dites de non droit : je vous avais appelés pour châtier mon peuple, mais vous avez dépassé la mesure et donné libre cours à la vengeance alors que je n’étais que faiblement en colère. Je vais m’occuper de vous, et vous reconnaîtrez ma fidélité envers mes élus, et vous servirez leur triomphe. Le chapitre 36 annonce la fin du châtiment et un prompt relèvement à stupéfier les Nations. Chapitre 37, les ossements desséchés, on n’insistera pas sur les descriptions détaillées à cause des petits enfants, mais ce sera bien une résurrection dans une formidable Effusion de l’Esprit, et la connaissance du Seigneur sera dans tous les cœurs, mieux que l’eau ne couvre les mers.

Et finalement les chapitres 40 jusqu’à la Fin : reconstruction du Temple, la source qui jaillit de l’Autel et restaure toutes choses ; retour de la gloire du Seigneur en sa Maison et tous les thèmes qui seront repris pour l’Apocalypse. Voilà ce que fera l’amour implacable du Dieu vivant!

Samedi Saint. Premier Samedi du mois - Homélie de la Messe de la Résurrection

 

  

 

Nous est-il permis d’imaginer ce qu’il se passe dans l’âme de la Sainte Vierge, lorsque Jésus vient à elle et lui dit, sans même se plaindre : « Ils ne veulent pas de moi ! »

Et oserons-nous formuler la réponse qu’il reçoit ? « Mon Cœur immaculé sera ton refuge et le chemin qui te mènera au ciel. »

Ces mots les replongent immanquablement, Lui et Elle, dans les Jours Saints de la Passion, quand est venue l’Heure du Calvaire ; quand il a voulu avoir la consolation et le soutien de sa Mère, bien que son plus cruel tourment fût de voir comme elle souffrait. Mais pour la deuxième phrase, le chemin qui te mènera au ciel, la détermination de la Vierge Marie debout près de la Croix de Jésus, le renvoyait à sa propre prophétie renouvelée trois fois : le troisième jour, le Fils de l’Homme ressuscitera ! Et à sa prière, que dans les cris et les larmes, il présenta à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de sa piété.

Depuis, nous avons eu deux mille ans de prédication apostolique ; nous sommes à plus de cent ans des apparitions de Notre-Dame à Fatima et du miracle de la danse du soleil, aux cent ans de la double apparition de Pontevedra, bientôt Thuy ; de sorte que Jésus et Marie n’ont plus aucune illusion. Mais nous en avons quelques unes, disons-le tout de go, parce qu’elles flattent secrètement notre orgueil spirituel, et diffèrent encore la conversion radicale que nous avons à faire pour rendre à Dieu toute sa place, notamment en matière de jugement, de condamnation et de châtiment. C’est pourquoi il nous faut mettre à profit la coïncidence providentielle cette année, du premier Vendredi du mois avec le Vendredi Saint, et du premier Samedi du mois avec le Samedi Saint, qui éclaire non seulement notre dévotion au Cœur immaculé de Marie, mais aussi la rénovation des promesses baptismales que nous venons de vivre, puisque la consécration à Marie est le moyen le plus simple et le plus sûr d’y être fidèle. Premier Vendredi du mois, pas de Messe ! Euh.. en l’honneur du Sacré-Coeur et en réparation de nos péchés ? Non, seulement la Communion en viatique et puis plus rien. Premier Samedi du mois, communion en réparation ? Non : ni messe ni communion, et des pratiques réduites à leur plus simple expression : le chapelet, et le plus essentiel, l’intention réparatrice ; des vêpres presque lugubres, si ce n’étaient le ton festif de l’oraison, mais pas la conclusion, et les éclats de l’étole dorée, selon la rubrique des premières Vêpres de Pâques.

Et finalement, au milieu de la nuit, cet évangile de la Résurrection, avec la descente fulgurante de l’Ange qui roule la pierre et s’assoit majestueusement dessus. Les gardes remplis de terreur, sont comme morts ; des morts vivants. Mais vous qui cherchez Jésus le Crucifié, n’ayez pas peur. Il n’est pas ici, il est ressuscité et vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme au temps des premières rencontres, et des révélations familières de son Amour éternel. Mais surtout, le formidable tremblement de terre, ébranlement des forces cosmiques, célébré depuis trois jours à la fin de l’Office des Ténèbres : un petit chahut d’écoliers tapant sur leurs pupitres dès qu’on éteint la lumière ; saints et irréprochables dès que celle-ci revient. Les chers enfants..

Alors pour nous aussi : « Mon Cœur immaculé sera ton refuge et le chemin qui te mènera au ciel. » L’un d’entre vous a écrit quelque part, en substance : « dans les impasses où le bloquait l’incurie romaine, la découverte de l’Immaculée avec saint Maximilien Marie Kolbe, et l’établissement dans le monde de la dévotion au Cœur immaculé de Marie, demandé à Fatima, ont été pour notre père, le refuge et la voie royale qui lui indiquait ce qu’il devait désormais faire. » Entraînant à sa suite les âmes généreuses que nous connaissons. Mais ce n’est pas tout à fait pareil pour nous. De fait, nous ne pensons pas spontanément, que la dévotion au Cœur immaculé de Marie nous a été donnée, d’abord pour sauver notre âme. Si Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même a voulu avoir besoin du Cœur immaculé de Marie pour refuge afin de pouvoir aller jusqu’au bout, à combien plus forte raison ne réussirons-nous pas à traverser l’épreuve qui nous est proposée, sans son secours. Allons-nous indéfiniment rejouer la deuxième mi-temps, alors que le Seigneur est impatient de commencer la troisième ? Inon, il ne s’agit pas d’abord d’empiler les œuvres pies jusqu’à infléchir le cours de la Justice divine : il s’agit, avec crainte et tremblement, dans une totale humilié, de se sauver d’abord soi-même, et ensuite les autres.

Alors, au fond, vous êtes en train de nous dire qu’il ne faut plus prier pour la conversion des pécheurs, ni offrir des sacrifices pour les empêcher de tomber en enfer ? Voilà, tout de suite le clash pour éviter les remises en cause qui ouvriraient la voie à notre conversion : c’est comme cela dans toutes les boutiques de l’Église et sur tous les réseaux sociaux cathos. Je voudrais simplement que l’on prolonge la réflexion de saint Augustin entendue ces jours-ci en deuxième Nocturne du Jeudi Saint : tu détestes les méchants ; mais sais-tu s’il ne se convertira pas demain, éventuellement par tes prières, et qu’il ne devienne un frère : tu aurais alors détesté un frère ! Or saint Thomas ajoute en remarque : tu ne sais pas non plus s’il ne s’endurcira pas jusqu’à se perdre, de sorte que tes prières seront inutiles pour lui. Or comme nous ne savons pas qui est élu et qui sera réprouvé, notre prière se porte vers tous, en sachant que pour beaucoup elles seront inutiles. C’est un peu comme nous faisons pour les indulgences. Nous offrons des messes en suffrage, en présumant que notre cher défunt est au Purgatoire ; si possible nous lui gagnons l’indulgence plénière qui est accessible quotidiennement aux conditions habituelles, afin de lui ouvrir le Ciel. Si effectivement il est au Purgatoire, le voilà instantanément acheminé au paradis par les Anges, d’où il ne manquera pas de nous renvoyer l’ascenseur ; s’il est en enfer, ce qu’à Dieu ne plaise, il n’est pas concerné par nos prières, et nos suffrages sont attribués à une autre âme connue de Dieu, avec mention spéciale pour celles consacrées à Marie ; s’il était déjà au Paradis, le voilà qui brille d’un nouvel éclat et capable de largesses supplémentaires : on vient de m’offrir une messe, que je transferts volontiers à telle âme en Purgatoire, ou que j’offre à Notre-Dame pour qu’elle en dispose selon son bon plaisir à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité ; ah il est consacré à Marie selon la formule de saint Louis-Marie Grignion de Monfort, pas étonnant qu’il soit déjà ici !

Voici donc ce que je suggère, afin que chacun y réfléchisse par devers soi : je dis simplement que nous prions pour la conversion des pécheurs et que nous offrons des sacrifices, notamment en récitant à la fin de chaque dizaine la prière demandée à Fatima : « ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer, et conduisez au ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde. » Ensuite de quoi, nous ne passons pas trop de temps ni d’énergie pour les méchants, surtout quand c’est au détriment de notre attention, de notre affection, de notre disponibilité et service, en un mot de notre amour pour les bons, qui sont généralement nos plus proches, consacrés comme nous-mêmes à Dieu et à Marie, et qui font tout leur possible pour rester, comme nous aussi et avec nous, fidèles au Christ dans les temps troublés où nous sommes. Je terminerai donc par quelques exemples.

Les bons, pour moi qui suis Frère ici, c’est celui qui est lié avec moi au même banc par les liens sacrés des vœux de religion ; c’est vrai qu’il n’est pas gâté ; nous non plus du coup ! Et c’est pareil chez les Sœurs, avec la sœur du bout du banc, là… Monsieur Vincent est le premier et Patron des aumôniers de Marine, car il était l’aumônier des galères royales ! De fait, si nous n’étions pas chrétiens, nous pourrions parler de boulets. Cela vaut aussi pour les chefs dans tous les groupes. Mais les supérieurs n’ont pas besoin qu’on les harcèle de dizaines de stratégies contradictoires, ils ont besoin de seconds qui leur disent sincèrement ce qu’ils pensent, et ensuite mettent en œuvre loyalement ce qui est demandé. Nous avons si peu de patience à expliquer, à aider, à supporter avec le sourire, à nous complaire franchement dans l’affection fraternelle des bons, parce que nous n’en finissons pas de débusquer, analyser, expliquer, démonter, réfuter, les erreurs des méchants qui ne liront jamais nos exposés et n’ont que faire de nos raisons et de nos prières, et même les hérésies jusqu’au plus haut sommet de l’Église, ce qui est tellement stressant ; devant l’ordinateur jusqu’à deux minutes avant l’office, heureusement qu’un frère me présente ma coule dans laquelle je bondis à la sacristie, le départ de la procession déjà donné. Mais pour en revenir à notre boulet de tout-à-l’heure, au féminin ça fait boulette, ne rigolons pas trop vite : il nous précédera peut-être dans le martyre, ne serait-ce que parce qu’il n’aura pas vraiment compris les raisons métaphysiques et théologiques de ce qu’il se passera à ce moment suprême ; et elle se précipitera en travers du coup qui m’aurait été fatal, parce qu’à force de patience de ma part, elle se sera imaginé qu’elle était ma préférée, comme au carmel de Lisieux.

Et pour vous, cachés au fond derrière les Sœurs, j’ai aussi des exemples. Pendant tout l’après-midi, j’ai été pourri par mon chef devant mes propres subordonnés : quel renard, je suis en rage ! Il a sans doute appris qu’il serait dans la prochaine charrette. Je tâche d’offrir tous ces sacrifices en réparation des offenses au Cœur immaculé de Marie, quelle moisson abondante, et pour sa conversion ; amassant ainsi au-dessus de sa tête des charbons ardents et laissant la suite à Dieu selon l’Apôtre : à moi la vengeance, dit Dieu, c’est moi qui rétribuerai. Justice sera faite, je peux donc arrêter d’y penser, et me réjouir qu’enfin à la maison je serai tranquille avec ma petite femme et mes enfants, et la cour céleste, que des gens bien, quelle merveille ! Or juste en arrivant, notre petit de quatre ans est là dans l’entrée, il braille tout ce qu’il sait, en plus le métro était bondé et avec tous ces ramassis de gens qui viennent de nulle part pour encombrer les couloirs, j’ai failli louper ma correspondance. Je fais taire le marmot, et ma femme arrive pour m’agonir de reproches : « et en plus, tu es absent toute la journée ». C’est qu’elle-même est malheureuse parce que voilà deux neuvaines qu’elle fait sans aucun résultat pour la conversion d’une collègue qui est.. musulmane ; ils sont spécialement coriaces, notamment par la main mise de la communauté, surtout en tant que femme. Et je m’aperçois au bout de trente secondes, qu’il ne s’agit plus du tout de notre pauvre petit garçon, mais un flot de paroles je ne sais même pas de quoi elle parle, un problème de toute façon insoluble. Et je ne pense pas qu’en réalité, maintenant que je suis rentré, elle a tout simplement besoin de me sentir là, à cause d’une certaine inquiétude qui monte, qui monte, dans l’air que nous respirons..

Mais cette fois il n’y aura pas de pleurs, parce que tout en parlant, elle pense à quelque chose : exceptionnellement, nous pourrions ne pas dire le chapelet en famille, d’ailleurs mon mari sera sûrement d’accord et nous sommes tous fatigués. Ainsi, pendant qu’il lira une histoire aux deux petits dans leurs lits, j’aurai quelques instants de tranquillité sur internet pour aller voir.. Pour aller voir quoi ? Eh bien, pour savoir si les grands fauves sont encore là ou s’ils se sont dévorés entre eux ; si les loups ont remplacé les requins selon la fiche d’alternance dictée de l’étranger ; ou au contraire, si les boucs et les cochons ont tout fait capoter, comme d’habituuude.. Mais les choses ne se passeront pas comme cela. Car notre aîné sort de sa chambre et nous interrompt pour débiter des histoires à dormir debout, ce serait moindre mal d’ailleurs, pour finir que la greluche couverte de tatouages avec son piercing dans le nez que nous avons aperçue une fois, doit venir dormir à la maison le week-end prochain, dans sa chambre pour ne pas nous déranger. Alors là, le monde peut s’écrouler, je dois avoir tout de suite une conversation entre hommes avec mon fils. Nous, ce n’est pas un plan A, un plan B, un plan C, pour arriver finalement en plan D à ce que nous voulons : c’est oui, oui ; non, non. La droiture de notre comportement, une certaine maîtrise de soi et une parole à laquelle on pourra se fier, voilà ce qui rassurera celle qui un jour deviendra ta femme. Tout le reste n’est que foutaise : pas de ça chez moi ! Notre grand gaillard repart furieux vers sa chambre en marmonnant « j’en ai marre de tout ça » et il s’y engouffre en claquant la porte. Mais il sait qu’il pourra compter sur son père quand il en aura vraiment besoin.

Car le plus important désormais est d’inculquer à nos grands jeunes, à nos moyens jeunes, et même aux petits enfants, non pas qu’il faut être gentil avec tout le monde, morale kantienne dirait le père, mais un attachement à Jésus au-dessus de tout : qu’ils aient sous les yeux dans leurs parents le témoignage qu’on aime Jésus plus que tous les autres, ses enfants, ses parents, ses frères et sœurs et le préférer même à sa propre vie ; et leur répéter jusqu’à en faire une sorte de réflexe, qu’on est prêt en quelques secondes à se faire tuer pour lui rester fidèle.

 

Un labyrinthe obscur - Poème et tableau de Nadia-Marie Fornerod (Genève)


Jeudi saint - Homélie de la Messe solennelle du Soir


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« La vie éternelle, c’est de te connaître toi, le seul Dieu, le vrai Dieu ; et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Dieu a fait connaître la Génération éternelle du Verbe et l’Action de Grâces infiniment parfaite dans l’Effusion de l’Esprit Saint : telle est la Vie de l’Être infini qui est Dieu, le seul Dieu, le vrai Dieu. Or saint Thomas remarque, comme en passant : si l’on considère l’ordre d’origine, alors le Saint Esprit est le Troisième de la Trinité, puisqu’il procède du Verbe et de son Principe, le Père ; mais si l’on considère son mode de Procession comme Amour, alors il n’est pas le troisième, mais entre le Père et le Fils, comme le Lien de leur Amitié qui procède de l’Un et de l’Autre, l’Amour répondant à l’Amour et réciproquement. Comme dirait le père, « circumincessante Charité » du Père et du Fils et du Saint Esprit qui est Dieu. On aimerait s’arrêter là, et simplement regarder…

Or justement, Dieu voit de toute éternité, dans les richesses infinies de son Verbe, ce sont ce que nous appelons les Idées divines dans l’indigence de notre compréhension des choses de Dieu, ce que serait le Verbe incarné et sa Mère ; longtemps plus tard, la définition dogmatique précisera « dans un unique décret de prédestination ». Ce serait alors la Génération éternelle du Verbe et l’Action de Grâce infiniment parfaite dans l’Effusion de l’Esprit Saint, qui se prolongerait à l’Âme et au Corps du Christ : sa sainte Humanité unie hypostatiquement à la Personne du Verbe, qui aurait par cette union-même, aussi l’Onction plénière du Saint Esprit, qui passerait immédiatement à sa Mère ; puisque c’est en elle et d’elle, dans son âme et son sein et son Cœur, que vivrait l’unique Mystère. Elle est là, l’Immaculée entrevue par saint Maximilien-Marie Kolbe, entre le Père et le Fils dans la plénitude de l’Esprit Saint. On aimerait s’arrêter là, et simplement regarder…

Mais cette contemplation n’a pas été cachée, comme en récompense à quelques âmes d’élite seules : le Mystère a été révélé en réponse à l’iniquité de l’univers, pour nous les hommes et pour notre salut ! Un peu comme dans la parabole des vignerons homicides : « ils respecteront mon Fils ». L’Incarnation est donc d’emblée rédemptrice. De fait, en entrant dans le monde, le Christ dit : tu n’as voulu ni offrande ni sacrifice, mais tu m’as fait un corps ; alors j’ai dit, voici que je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté. Il est là aussi, le privilège de la Conception Immaculée de Marie, en vue des mérites du Christ, ou comme dit l’oraison du Missel romain, par une grâce venant déjà de la Mort de son Fils. Car les temps parvenus en un instant à leur plénitude du fait de l’Incarnation, ont besoin de plusieurs années avant et après pour ne pas être pulvérisés par le Mystère, mais l’insérer chronologiquement dans l’Histoire.

Dieu envoya son Fils, né de la Femme, né sujet de la Loi afin de racheter les sujets de la Loi, et pour faire de nous des fils ; et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a répandu dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie « Abba, Père ». Bien qu’il fût le Fils, il apprit de ce qu’il souffrît, l’obéissance ; et ainsi parvenu à sa perfection par les souffrances qu’il endurât, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent, la cause du salut éternel. Génération éternelle du Verbe et Action de Grâces infiniment parfaite dans l’Effusion du Saint Esprit, vécue pendant des années de vie cachée puis de façon sanglante, sous les coups de nos péchés, et dans les blessures qui les expient et les réparent tous et chacun, comme la matière du Commandement du Père qui est Vie, et de l’Egale Obéissance du Fils qui submerge tout dans leur commune Charité, elle-même en Personne la rémission des péchés.

En cet instant à la densité extrême, la « circumincessante Charité » répandue une fois pour toutes au Calvaire, porte simultanément par la souffrance de compassion, la maternité divine de la Vierge Marie, à la plénitude de sa maternité universelle : Femme, voici ton fils ; voici ta Mère. Et à partir de cette Heure-là, le disciple la prit chez lui. Après quoi, sachant que désormais tout était achevé, et pour que l’Ecriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit : « J’ai soif » ; puis, ayant prit le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli » et, inclinant la tête, il transmit l’Esprit. Il faudra trois jours, comme Jésus l’avait dit en témoignage des Écritures, pour que sa gloire soit montrée aux témoins choisis d’avance ; et cinquante jours pour que l’Esprit soit visiblement répandu sur l’Église et par elle sur le monde ; et des siècles et des siècles pour que la fécondité du Sacrifice soit mise en œuvre de génération en génération, jusqu’à sa Manifestation eschatologique et définitive.

Nous croyons en effet, que le Sacrifice unique, sublime adoration, profonde action de grâces, intégrale expiation, irrésistible imploration, revêt également une modalité non sanglante, sacramentelle, réitérable et participable. Ah ! Il arrive enfin au sujet du jour.. Du Sacerdoce, l’image la plus juste que je connaisse, est la vision d’une âme privilégiée, ici on marche un peu sur des œufs : c’est avant la messe, elle voit Jésus à l’entrée du sanctuaire, tourné vers l’Autel de son propre Sacrifice, qui regarde un peu arrière par dessus son épaule droite, vers la porte d’arrivée de la sacristie. Effectivement, le prêtre s’avance lentement vers le sanctuaire, revêtu des habits sacerdotaux, se fond dans la Personne du Christ et la Messe commence. Nous n’insisterons pas sur la mort du Christ rendue sacramentellement présente par la double transsubstantiation au Corps et au Sang du Seigneur, des Saintes Espèces séparées sur l’autel ; pour en venir à la richesse infinie de l’Hostie consacrée : le Corps ressuscité du Christ sous les apparences de l’hostie ; et là où est son Corps, comme dit saint Thomas par présence concomitante, là aussi est son Âme puisqu’il est vivant ; hypostatiquement unis à sa Personne, puisque c’est un seul et le même, selon l’Humanité qu’il tient de la Vierge Marie, et selon la Divinité qu’il possède éternellement avec le Père et le Saint Esprit ; comme un seul Dieu, dans la Trinité des Personnes et l’unité de leur Nature.

Vous ne pouviez donc pas, chers Frères, choisir de meilleur moment pour renouveler vos vœux religieux, que celui de la Communion : celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi je demeure en lui ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Génération éternelle du Verbe, Action de Grâces infiniment parfaite dans l’Effusion de l’Esprit Saint, se terminant à la sainte Humanité de Jésus-Christ présent sous les apparences de l’Hostie reçue en Communion, vrai Corps né de la Vierge Marie, d’où jaillissent le Sang et l’Eau en pitié et douceur, ô Jésus, Fils de Marie : « circumincessante Charité » dans l’âme du croyant, qui l’entraîne jusque dans la vie éternelle. Pour finir, je reprends en substance les paroles prophétiques de Frère Bruno après l’oratorio de saint Maximilien-Marie Kolbe : « le saint nous a saisis et nous pousse à renouveler du fond du cœur notre consécration à l’Immaculée afin de lui servir d’instrument dans son combat, car l’Heure est venue. Si je le pense et si vous ne le pensez pas, alors c’en est fini de notre communauté ; si nous le pensons et que les familles et les amis ne le pensent pas, alors c’en est fini de nos familles et de nos amis. C’est donc une démarche à laquelle chacun doit réfléchir en conscience, au plus intime de son âme ». Un peu comme à la fin du chapitre 6 de saint Jean : voulez-vous partir vous aussi ? A qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; quant à nous, nous croyons que tu es le Saint de Dieu. Et là, nous retrouvons l’histoire, et cette nuit redoutable où nous serons invités à veiller et prier pour ne pas entrer en tentation : Jésus leur répondit, « n’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze ? Et l’un d’entre vous est un démon. » Il parlait de Judas, fils de Simon Iscariote ; c’est lui en effet qui devait le livrer, lui, l’un des Douze.